Assis dans le panache, comme un genni de conte arabe, je regardais autour de moi avec une certaine vanité.—De mon séjour, je dominais la région supérieure des palmes, petit univers épanoui, où l’âme s’exalte volontiers.
Je n’étais point le premier occupant de ce belvédère, il s’y trouvait déjà toute une fourmilière, des scorpions, des lézards de sinople et des serpents inoffensifs.—Je leur parlais avec douceur, et sur un ton vraiment amical.
Mais voici qu’une brise s’insinua dans les feuilles, et le palmier, encore souple et joyeux malgré son grand âge, se balança en chantant à petit bruit.—Toute l’oasis l’accompagnait, un âne sonna de la trompette, des chiens aboyèrent, le vent siffla dans mes oreilles.
Alors je ne me retins pas de chanter aussi. Je me complus à cette joie sonore; mes paroles se marièrent à la brise, je développai mon allégresse en une prétentieuse mélodie et les notes montèrent comme des fusées.
Tout ce vacarme ne passa point inaperçu, car, dans l’oasis d’en bas, un nègre aux cheveux blancs, qui avait l’air d’un négatif de photographie, s’interrompit de boire à la source et, croyant apercevoir un prodige, se mit en prière.
Jeudi, 2 mai.
Clotilde est quelquefois trop belle.—Avant-hier, vers deux heures, elle sortit pour aller se promener au Bois. Quand elle me quitta, je sentis comme un déchirement de l’âme. Elle était si belle! je voulus la suivre.
«Non! je tiens à me promener toute seule. Tu comprends, mon loup, je te vois toute l’année ronde, j’ai besoin, parfois, de me trouver sans autre compagnie que moi-même!»
Oh! la petite voix rêche et précise! Mais qu’importe! A cause des grands yeux et de la taille souple, on pardonne à la voix de manquer d’harmonie.