Je m’imaginai Clotilde se promenant sous le feuillage clair. De temps en temps elle devait battre les jeunes branches avec son ombrelle.

Moi, j’étais assis devant mon chevalet, et je songeais à couvrir une toile où, déjà, le sujet était esquissé. L’esquisse me plaisait. Un étang morne avec des jeux de soleil... au centre des tritons de pierre, un jet d’eau, des berges tristes, des rameaux penchés, un ciel d’automne.—Je devais finir cela.

Pourtant, je balançais, j’hésitais et n’osais choisir entre trois actions qui présentaient toutes les trois de la grâce et de l’attrait.

Ne rien faire, c’est-à-dire fumer des cigarettes turques en suivant de l’œil les chutes en boucles et l’essor de cette chose grise et bleue qui entretient l’esprit dans un petit rêve...

Travailler, c’est-à-dire achever cette toile, fixer le détail du feuillage et des reflets, harmoniser les tons du ciel, un peu crus vers la gauche...

Aller joindre quelqu’un dans le Bois et me faire exaspérer comme un cheval de trait par une mouche...

Et je délibérais pour savoir laquelle des actions il fallait élire.

J’avais envie de suivre sous le feuillage les petits pas de mon amie... Oui!... pour revenir blessé et, de quelques jours, ne pouvoir me plaire qu’à regarder la forme et le sang de ma blessure!

Si je fumais des cigarettes, bientôt la fumée dessinerait les lignes de son corps... Et, si je travaillais, j’en arriverais dès la seconde heure, à vouloir peindre son visage, son visage si suave, au lieu de m’occuper de mes tritons et de mon ciel automnal.

Je me relevai par un brusque effort et allai mettre mes bottines... Tandis que je les boutonnais, je me pris à rire. C’était d’une excellente stratégie. Sans doute me dégoûterais-je de mon action quand elle me paraîtrait ridicule. Dépeindre son vice en couleurs grotesques, lui mettre un bonnet d’âne, peut rompre le lien qui nous y attache... Cordon de soie! cordon de soie! parviendrai-je à te briser?...