J’enlevai mes bottines, mais, presque aussitôt, une belle résolution se forma en moi, que j’acceptai et qui me sembla dotée de certains traits de réelle excellence.

Oui, je sortirais, mais je n’irais pas au Bois, je suivrais seulement le chemin qui y mène et, sans doute, rencontrerais-je le bonheur... et peut-être serais-je trop fatigué pour aller plus loin.

Je trichais d’une façon indigne! J’aurais bientôt rattrapé Clotilde. Elle se promène toujours dans les mêmes allées.—Alors il me vint une autre idée. Pourquoi ne pas tâcher d’imaginer une Clotilde enlaidie, une Clotilde aussi peu séduisante par le corps qu’elle l’est par l’esprit? Il fallait détruire son charme! Je ne me figurerais plus son corps aussi précisément: j’oublierais le grain de la peau, les contours secrets, tout ce qu’elle me cède (parfois sans grand plaisir) et que j’adore. Il fallait que la pensée de cette joie future diminuât au point de ne plus motiver mes actions.—C’est sous les ruines d’un rêve que l’on découvre le médiocre paradis d’indifférence que vantent certaines gens.

Soudain, je me sentis calme, tout à fait calme... J’enlevai de nouveau mes bottines que j’étais en train de remettre et je courus chercher, dans mon bureau, une boîte en marqueterie, don généreux de Clotilde le jour où j’eus vingt-cinq ans.

Je l’ouvris... tout était bien en place... l’arme... les balles... Et mon cœur ne battait presque pas.

Oui, mais, voilà! je ne me suis pas tué.

Lorsque cette page fut écrite avant-hier soir, je regardai quelque temps le pistolet, puis, j’allumai ma petite lampe, je décachetai une nouvelle boîte d’opium, et, couché sur les nattes, je me soûlai affreusement.

J’ai bien fumé quarante pipes.

Hier, spleen et migraine.

Aujourd’hui, je me sens mieux.