On voit son rêve sous l’opium, on voit tout son rêve. On s’exile avec lui vers les pays que l’on veut voir...
Lanthelme nous parle toujours du Faï-Tsi-Loung...
Ainsi qu’il est dit dans un livre que j’aime, les hautes îles, «innombrables, toutes pareilles, surgissent des eaux calmes comme une armée pétrifiée.» Des jonques passent sur cette mer si fertile en légendes, sur cette mer où «le Roi Dragon, Haï-Loung-Wang, long comme trente pythons, flotte nonchalamment.»
Et je me sens léger! aussi léger que l’air qui m’entoure! Oui, j’ai perdu mon poids! Oui, si je voulais, je me promènerais tout contre le plafond, je «ferais la planche» sur les fumées de la pipe, je traverserais les volutes bleues, j’irais on ne sait où, j’irais peut-être surveiller les rizières, là-bas, au Tonkin.—Dieu! que les hommes sont lourds, et que je suis léger!
La vie est bonne. La société des mortels est plaisante. Tout est beau. L’ordre des choses est bien établi... Pourtant, cette cigale en argent qui s’accroche au verre de la lampe et forme écran, vient de glisser quelque peu. Quand je fume, la lumière m’est désagréable... Je replace la cigale.
Je ne dormirai pas jusqu’au matin.
J’ai perdu mon poids.
Encore une pipe.
Lundi, 22 juillet.