Tais-toi, flûteur! souffre que je reste couché sur ces nattes, à fumer sans agir. Cet air que tu joues, me transporte, et, pour un peu, je m’envolerais sur une éclatante nuée à la mode des saints de mon pays.
Oh! reprends cette note, flûteur, cette note tendre!—Une femme s’avance, des grelots tintent à ses pieds nus, un narcisse accentue son sourire, avive le rouge de sa lèvre rouge et rend plus noire la noire nuit blottie dans ses cheveux.
Comment donc as-tu courbé ta lèvre, flûteur, pour un son si clair?—Plein ciel!—Autour de moi, ces fleurs que l’on nomme des étoiles, s’emplissent de rosée, et l’aube, qui épie, par dessus l’horizon, laisse s’envoler de sa robe mal retenue les premières colombes du jour.
O flûteur! quelle note guerrière!—Déjà, sur la plaine éventée par un couple de brises qui se poursuivent, l’une à peine tiède et l’autre à peine fraîche, deux cavaliers se joignent en brandissant d’énormes coutelas. Leurs cris prennent l’essor comme des aigles, et voici déjà des roses au fil de l’acier!
J’aime, flûteur, cette autre note tranquille et bleue!—Dans un coin de mer qu’une torche ensanglante, je guette, un trident à la main, de beaux poissons que je vois se mouvoir, parés de pierreries. Soudain, je frappe l’eau et ne ramène qu’une traînée de phosphore.
Flûteur! tu rhythmes plus ardemment tes airs.—Dois-je me souvenir du temps où Clotilde n’étant pas survenue, j’aimais encore une fille de ton pays; dois-je me souvenir de ses gestes étroits quand, unis, nous nous tordions sur l’herbe et scandions notre amour avec, pour seul témoin, Phébé complice?
L’orage a fui. Un son mince s’allonge ainsi que la dernière soie d’un fuseau. Faut-il partir? Les chameaux sont-ils prêts? les tentes abattues? Marcherons-nous, tout le jour, vers ce mirage qui recule et, palais, se métamorphosera en fontaine, s’il ne s’ouvre en forme de fleur épanouie?
Flûteur! tiens bien ton roseau! Tant de rêves doivent naître encore et me charmer vers d’étranges lieux!—Quoi? tu ne m’écoutes pas?—La flûte roule à tes pieds!—Hélas! je comprends, aux mouvements plus réguliers de ta poitrine, que tu rêves pour ton propre compte.
... Et, bientôt, moi, je reprendrai ma pipe d’opium pour ne pas interrompre le songe.
Oh! ces mélodies m’ont bouleversé! Leur souvenir est une torture. Alors, pour ensevelir ma peine dans la pensée d’autrui, j’ai pris un livre... Et voici ce que Barrès, par un cruel raffinement, me donne à méditer: