En vérité, cela me fait presque oublier l’expression digne de Clotilde quand elle joue à la femme du monde.
Lundi, 2 septembre.
Clotilde a grand tort de dormir devant moi. Les instants de son sommeil me dégoûtent d’elle au plus haut point. Je lui pardonne ses colères, ses rancunes, ses caprices les moins fondés, mais je ne peux lui pardonner son sommeil. L’aspect de ce sommeil imbécile me fait trop cruellement sentir à quelle chair ma chair est liée.
Clotilde dort la bouche ouverte, et toute sa face prend alors une expression de stupidité vraiment bestiale.—Quoi! Clotilde! pas un rêve? pas la plus légère ombre de cauchemar? Ta vie est-elle à ce point blanche de toute souillure que ton sommeil puisse avoir la sérénité des linges séchant sur les prairies?
Et, ce soir, tu parais dormir de façon plus calme encore que de coutume. La vache dort ainsi dans son étable, mais quelle bucolique ce noble repos inspire, à qui sait bien voir les images d’herbe humide qui passent dans le fond des yeux clos!—Au lieu que l’on imagine mal, que l’on n’imagine pas, fut-ce le plus habile des poètes composant un quatrain sur ton sommeil.
Réveille-toi! réveille-toi vite! ou je vais employer, pour te donner un songe, des moyens pernicieux!—Ah! pense, ma chère! quelle serait ta stupéfaction, si, tout à coup, dans ce sommeil vulgairement paisible, un rêve te surprenait! le rêve de mourir... d’être morte!... et si tu te réveillais, soudain, de l’autre côté de la vie, près d’un fleuve huileux, bordé de grands cyprès!... Une barque est là qui semble t’attendre... trois vieilles dames y filent la quenouille... le nocher te demande une obole... que tu n’as pas!... Quelle stupéfaction pour toi, Clotilde, et, pour moi, ah! quel soulagement!
Mercredi, 4 septembre.
Et quand je songe aux siestes de Férida!
Belle et brune, elle reposait sous un palmier. Le soleil occupait tout l’espace, mais respectait le doux visage de mon amie. L’heure lente s’écoulait comme une onde. J’étais heureux!—Non loin, je voyais briller la margelle d’un puits et je songeais, dans cet excès de jour, à l’eau bleue de ce puits, à cette eau si froide, et si pure et si tranquille.—Belle et brune, Férida reposait près de moi... Ah! qu’il faisait bon rêver sous les palmes!
Un lézard passait dans l’herbe. Un oiseau chantait. Une sauterelle bondissait. Dans l’air, des parfums se caressaient et des papillons se faisaient la cour. Des fleurs, épanouies sur leurs tiges, me souriaient délicatement. Au bord du ruisseau proche, le père des palmiers, triomphant et poussiéreux, semblait nous bénir... Ah! Férida qu’il faisait bon veiller sur ton repos.