«Elle était bonne fille et douce de peau, mais je l’ai tuée à cause du son de sa voix. Certaines voix sont communes. La sienne semblait l’écho d’une fête de banlieue.

«Ma seconde femme s’appelait Julie.

«Elle était fort belle, mais je l’ai tuée à cause d’un penchant détestable à se regarder dans les miroirs. Les glaces de mon appartement restaient pleines de son image. Cela devenait fastidieux. Je n’étais plus chez moi. Avec elle, presque tous ses reflets sont morts, et, si j’en retrouve un, dans une chambre peu fréquentée, je brise le miroir.

«Ma troisième femme s’appelait Eulalie.

«Durant les premiers temps de notre amour, je la trouvai parfaite. Elle était experte aux jeux de l’alcôve, elle figurait à merveille les divers personnages d’amoureuses que j’ai décrits dans les livres que j’aurais voulu écrire, mais, une nuit que je l’adorais, je crus voir qu’elle imitait l’héroïne du dernier ouvrage d’un de mes confrères. Je l’ai tuée pour cette insulte trop directe.

«Ma quatrième femme s’appelait Lucienne.

«Elle avait ce qu’il faut pour plaire, et, celle-là, je puis te la donner en exemple, car je l’eusse gardée toute ma vie, sans une fâcheuse rencontre qui me la fit tuer.—Elle portait sous le sein droit un petit signe rouge, et cela donnait à son corps une asymétrie dont je souffrais beaucoup. Un soir, je voulus faire à cette tache une réplique en piquant Lucienne, sous le sein gauche, avec une longue épingle. Par malheur elle mourut aussitôt.

«Ma cinquième femme s’appelait Fausta.

«Elle était fort savante. Sa présence remplaçait une bibliothèque, et je n’avais qu’à la feuilleter pour assurer mon érudition. Mais elle se mit en tête d’apprendre le cambodgien, idiome sur lequel j’ai peu de lumières. La pensée que ses songes s’exprimeraient parfois en un langage que je ne comprendrais point, fut si douloureuse que, ne pouvant me résoudre à perdre ainsi une part de Fausta, je la perdis toute entière en la faisant mourir.

«Ma sixième femme s’appelait Antoinette.