«Ouf! c’est fait! Par sa fin, tout au moins, ma destinée est heureuse.

«Je ferme les yeux.»

Comme je l’avais prévu, le timon de l’omnibus entra par la portière et me toucha en pleine poitrine. Malheureusement il s’arrêta là. Le cocher avait de bons biceps: il retint ses chevaux. Je fus seulement un peu secoué.

Epouvante des passants, cris aigus, commentaires, jurons, agents de police, vacarme. Tout l’ordinaire d’un accident de rue. Rien que cela.

C’était raté.

Samedi, 10 novembre.

Ted Williams est à Londres. Avant-hier, j’ai reçu une lettre de lui.—Son petit cousin Cheftel qui est parti pour le Tchad, avec l’expédition Farlaud, n’a point écrit ni télégraphié depuis deux mois.—Williams, inquiet, me priait d’aller aux nouvelles.—D’autre part, tous les journaux du matin signalaient l’arrivée à Paris du général Felte, l’ancien explorateur, qui est, aujourd’hui, proconsul de la République dans l’Ouest Africain.—J’ai prié le Général Felte à déjeuner, après avoir réussi, par les tours d’une diplomatie cauteleuse, à dépêcher Clotilde chez sa tante Ursule... est-ce bien Ursule?.. ou Mélanie?.. mettons Ursule... laquelle vit de ses rentes, en Seine-et-Oise.

C’était pour une heure, ce déjeuner. Felte est entré à midi cinquante-neuf minutes, exactement. Par hasard, je consultais ma montre à cet instant...

Jean-Claude Felte, général de brigade, est un homme de cinquante-cinq ans, mince et droit, les cheveux tout blancs, la moustache gris de fer. Il ne fait point de gestes, sourit rarement, ne raille jamais.

D’abord il m’a rassuré sur le sort du cousin, de Williams: