«Il n’écrit plus, ce petit? Bah! Pour quoi faire, écrire? A quoi bon? S’il n’écrit plus, c’est qu’il se trouve bien où il est, qu’il oublie le reste du monde. Le désert l’a pris par le cœur! voilà tout! Cela arrive à tous ceux qui travaillent là-bas!»

«Là-bas!» Un éclair passe dans les yeux songeurs. Et, tout aussitôt, Felte, poli, me complimente sur ma table.

«Vous avez un excellent cuisinier...»

J’interroge, curieux d’autre chose que de cuisine:

«On travaille donc, mon général, là-bas?... On travaille encore?

—On travaille. Les temps héroïques sont passés, mais il est aussi dur d’organiser que de conquérir et le petit Cheftel aura, sans doute, autant de besogne sur les bords de son lac Tchad, que j’en ai abattu, moi, il y a quinze ans, lorsque je créais cet empire africain que j’ai donné à la France.»

... Et c’est un homme qui est devant moi!... rien d’autre qu’un homme!—Un homme qui vient de prononcer (avec quelle simplicité stupéfiante!) ce peu de mots:

«J’ai créé un empire.»

Je considère les quatre murs entre lesquels, moi, j’ai enfermé ma pauvre vie; je regarde ces meubles, ces tapis, ce rideau, l’escalier qui mène à mon atelier vide, où je ne travaille plus, à la fumerie où, parmi les feuillages et les oiseaux brodés, je me console tant bien que mal, de ne pouvoir être heureux. J’évoque Clotilde dans ce décor fait à sa taille,—petit, petit, petit!

Et l’homme qui est là a créé un empire!