L'ancêtre! voici le grand ancêtre! le roi, le dieu du Primitif Orgueil! l'Enfant-roi qui descendit du ciel noir pour instaurer sur terre son royaume et créer une race prodigieuse!

Un tronc d'arbre écorcé… l'image de l'Enfant-roi n'est rien de plus qu'un tronc d'arbre écorcé, fiché dans le sol comme un pieu et surmonté d'une grosse boule, sa tête : une noix sombre, cueillie naguère à un cocotier. Les rares filaments qui la couronnent représentent sans doute des cheveux, mais Balthasar éprouve quelque peine à revoir la sommaire figure de son premier ancêtre et bien que les savants assurent que l'œuf était, pour ce crâne, la seule apparence honorable, puisque l'Enfant-roi fut l'œuf même de sa race, cela ne le convainc qu'à demi.

Chemin montant butte devant cette statue ; au delà, l'oasis est plus clairsemée bientôt, elle se perdra dans le sable. De ce haut lieu, on découvre un peu d'horizon, un peu d'azur. La quête de Balthasar, s'est prolongée de dieu en dieu, de roi en roi, depuis l'heure de midi jusqu'à celle-ci, déjà plus douce, en attendant le crépuscule qui s'approche.

Balthasar tient ses yeux fixés sur L'Enfant-roi. Il ressentait pour lui une vénération profonde ; au retour de la guerre, c'est à lui qu'il fit l'offrande pieuse de sa hache maculée de sang, de sa lance meurtrière. Elles sont encore là, toutes deux, accotées à la statue, mais le sang, le luxueux sang pourpre a séché, laissant une tache vilaine…

Balthasar contemple l'Enfant-roi ; ses yeux clignent maintenant ; il cherche à s'exprimer dans la forme suppliante à laquelle un dieu même ne résiste pas. — Quelle émotion trouble à ce point le roi Balthasar? Que va-t-il dire, que va-t-il faire? quel est, au juste, son désir?

Pour incertain qu'il soit, meurtri et révolté, Balthasar espère encore : son orgueil le soutient un peu et aussi le Primitif Orgueil de l'Enfant-roi dont il descendit. Ce grand ancêtre ne saurait l'abandonner ; il attend avec un reste de confiance l'intervention du fils de la nuit. Mais… ah! qu'il voudrait voir une autre figure à ce tronc d'arbre mort! Il écoute, cependant, avec quelle passion têtue! quelle éperdue volonté! — Et son attente sera bientôt récompensée.

Là-bas, le soleil couchant lance de longs rayons sous bois ; tout l'occident se dore. — Balthasar admire… Cette fête d'une belle fin de jour lui clarifie l'âme, mais il souffre encore d'un cruel tourment : son dieu l'a trahi. — Il passait devant les autres ; celui-là seul l'arrête, sombre et muet, quand il voudrait aller plus loin.

Soudain, une petite voix se dégage de la feuillée. Sans l'avoir vu, Balthasar reconnaît l'oiseau.

« Marche vers le pays que je chante!