« Enchanteresses? dit l'oiseau perché ;

« Moins que mon chant, pourtant ;

« Moins que la flûte libre de mon chant! »

Plus loin! plus loin! le roi Balthasar va plus loin.


Celui-là… non, il ne s'arrêtera pas devant celui-là, le roi de l'Irrépressible Envie, qui sut rendre ses Etats plus vastes sans coup férir. Jamais Balthasar ne l'estima très haut. Il convoitait en son cœur le bien de ses voisins ; toute suprématie à côté de la sienne lui paraissait odieuse, mais il ne fit aucun usage des armes. L'envie ne grandissait pas son ardeur combative, d'autres moyens lui plaisaient mieux : plutôt aimait-il discuter, tromper par de longues palabres, trahir au besoin.

Non, Balthasar ira plus avant, et l'oiseau ne le retient pas, il l'encourage même par trois notes joyeuses.


Et celui-là, l'un des plus célèbres, qui fut le roi de l'Infatigable Luxure… Ah! que de récits brûlants viennent hanter la mémoire de Balthasar, qui font revivre d'anciennes orgies, et ces nuits noires où passaient des flambeaux, et ces nuits sourdes où le roi se trouvait seul avec la femme choisie, bientôt rejetée! Egarements auxquels l'ennui vient se mêler avant peu, et toujours un regret… Balthasar les conçoit clairement pour la première fois, cet ennui morne de son aïeul, ce regret, tantôt hargneux, tantôt presque désespéré, de n'avoir pas aimé! Balthasar a vu des bergers s'aimer avec tendresse, et même des esclaves, tout entiers voués l'un à l'autre, qui préféraient mourir que de vivre désunis, mais le roi luxurieux n'aimait pas et ne pouvait se faire aimer.

— A quoi bon implorer celui-là? — Balthasar passe.