Humble, plus humble encore, Balthasar, debout devant la statue divisée et détruite, se sent très peu vainqueur et très humble… Il a laissé tomber sa hache, puis il lève les yeux vers le ciel, d'un air stupide.

Maintenant, son regard s'éclaire. Il voudrait… Que voudrait-il? Peut-être découvrir plus humble que lui et l'élever au-dessus de lui ; s'incliner devant un si prodigieux exemple d'humilité, afin de lui vouer ses forces. — Quelle absurde rêverie!

Mais cette étoile?…


Au fond du ciel noir, Balthasar voit une étoile étrangère. Souvent il a regardé l'ombre des nuits, or il ne connaît pas cette très lumineuse étoile. Que signifie cette étoile nouvelle?

Et, parce qu'il ne peut faire autrement, et tandis qu'une joie, timide encore, impatiente déjà, le parcourt, Balthasar, sans savoir pourquoi, se met à chanter. — La grosse voix fruste s'exhale à grand bruit ; la forte voix rustique s'exprime en un cantique maladroit ; Balthasar chante.

Vraiment différente des autres, cette étoile!… L'étoile bouge!

Balthasar chante. Il franchit le dieu mort, il s'avance, il marche vers l'étoile ; il chante en marchant.


Alors l'oiseau, qui n'était pas intervenu, s'occupa d'autre chose. Sa tâche accomplie, dans l'obscur bosquet où il s'envola, il se mit à gazouiller doucement. Bientôt, de très loin, une autre chanson lui répondit, plus douce encore, où il reconnut la chanson de bienvenue et d'amour d'une compagne. — Il voyait dans l'ombre ; il perçut un duvet mince qui passait et le happa du bec. Sans doute songeait-il à la construction prochaine d'un nid où ce brin de duvet serait très à sa place…