D'abord, le dormeur ne s'inquiéta pas de cet appel ; puis, il s'étira et son vieux visage ridé montra de l'ennui. Harcelé par le vacarme, il s'assit, haussa les épaules et, n'en pouvant plus :
« Tais-toi! » cria-t-il d'une voix tremblante.
La plainte se fit moins forte.
« Tais-toi! tu m'excèdes! tu gémis dès l'aube, tu m'empêches de dormir! Depuis quelques jours, tu es tout à fait insupportable! »
La plainte baissa encore, se fondit en une façon de gloussement sanglotant et ridicule.
« Laisse-moi en paix. Plus tard, je te donnerai peut-être à manger. Tais-toi, maintenant. »
Et il s'occupa d'autre chose.
Il regardait les palmes réveillées, il écoutait la source, la brise neuve, les oiseaux. Il souriait, ravi par de si libres musiques, par tous ces gestes aériens, quand, subitement, l'une des chevelures vertes ondula, plia. Le vent n'avait pas augmenté, d'ailleurs elle penchait seule… Secoué, le dormeur se frotta les yeux. Au même instant, il surprit un bourdonnement d'ailes, ce bourdonnement sec de la libellule qui se promène, mais plus fort, plus nourri, plus nombreux, et il vit, il fut bien obligé de voir, à la cime de l'arbre, un pied humain qu'il crût d'abord ailé, qui se posait, qui, rapidement, glissa le long de la palme courbe en une course crépitante, puis atteignit les mousses du sol. Alors, à petite distance, un être entier se révéla, un homme dont la démarche étonnait par sa souplesse, mais dont le pied léger n'était point du tout chaussé d'ailes : un homme comme les autres.
« Je viens de faire un songe… »
Et le vieillard qui dormait tout à l'heure chargea le songe d'expliquer cette visite imprévue qui l'effrayait un peu.