« Je ne sais rien encore, mais le lieu me semble choisi justement : ce doit être près d'ici que nous parviendrons à découvrir celui que nous cherchons. Ce vieillard que tu vois, là-bas, saura peut-être. Je lui parlais d'autre chose, mais il n'a pas quitté ce pays depuis cinquante ans.

— Allons l'interroger, dit la femme voilée.

— Attendez!… »

Une autre femme était survenue, d'allure virile. Elle s'appuyait sur un javelot léger. Un précieux croissant de lune luisait dans ses cheveux, comme, se dégageant d'un bosquet sombre, Phœbé au crépuscule.

Puis ce fut un homme de beauté ravissante dont le visage éblouissait à tel point qu'on l'eût dit lumineux. Il accompagnait une femme toute drapée de gris, à la figure grave, aux yeux chargés de songes. Ses belles lèvres semblaient retenir un secret. Elle avoua son agacement par un geste, quand s'approcha ce gros garçon musclé, si content de lui-même, qui parlait si fort et tenait tant de place.

« Je vous le dis bien haut : nous le découvrirons, ou ce sont alors des contes qui nous troublent l'esprit comme de mauvais songes…

— Parle plus bas ou ne parle plus! Coupe dans ta gorge ce grand bruit inutile!… »

La réponse fut faite sur un ton courroucé :

« Tant que les hommes sauront heurter leurs armes en cadence, tant que montera sous le ciel la clameur des guerriers et l'hymne militaire du cuivre…

— Nous verrons, interrompit la femme en gris, voler, grâce à toi, des paroles déraisonnables, se perpétuer sur terre des gestes criminels, retentissants et fous, et couler en vain la précieuse pourpre du sang des hommes.