Il s'en fallut peu que la lyre enthousiaste ne se rompît.

« Elle pénètre en nous! »

Vers l'astre nouveau, Orphée haussait sa lyre.

« C'est à toi que j'offre mon chant! »


Dès ce moment, un grand tumulte régna.

Ces spectres accablés de fatigue, de longue paresse, d'indifférence ou de mélancolie, voulurent se reprendre. Certains se dressaient difficilement, d'autres d'un bond. Chacun se ranimait. Ils levaient les bras comme des suppliants, ils tendaient en l'air leurs mains ouvertes, ils imploraient par le geste, la voix et le regard.

Les bêtes revivaient aussi : elles s'étiraient, se déroulaient, rampaient, aboyaient, s'essayaient à rugir, à gronder, à cracher, faisaient claquer leurs pinces, sifflaient, jouaient même, et le cygne, trempant son bec rouge, en secoua les gouttes futiles de l'air le plus insolent.

Mais, sur la rive, le jeune homme absorbé en son image s'est couché à plat ventre, tout auprès de l'onde de lait ; il tient entre ses doigts une fleur blanche, couronnée de jaune ; il cherche le reflet de cette seule fleur. On le reconnaîtrait à peine : le bel adolescent a vieilli, sa face grise est plissée de mille rides, il considère sans espoir la fleur et le reflet de la fleur, sa poitrine étouffe de sanglots, il pleure, il se complaît en ses larmes.