« Me diras-tu ton nom, maintenant? dit à l'enfant la vieille souriante.

— Je m'appelle Isaac Laquedem.

— Eh quoi! tu es donc le fils du marchand de bois qui habite à Jérusalem, à droite du Temple, et que, jadis, j'ai bien connu?

— Je suis son fils.

— Alors viens plus près, Isaac, penche ta tête sur mon épaule, confie-moi ce que tu avais si grand peur de dire. Je suis Rachel, la magicienne ; je sais écouter toutes les paroles et l'on m'avoue des secrets que l'on n'avouerait pas à l'écho, des secrets que l'on n'ose s'avouer à soi-même. »

Elle regarda l'enfant. Elle le pénétra de son regard.

« Et, reprit-elle, je vois que tu en as long à me raconter. »

C'était vrai ; les yeux d'Isaac se mouillèrent, ses paupières battirent, sa bouche frémit… En somme, pourquoi ne dirait-il pas ce qu'il gardait jalousement au tréfonds de son esprit? Il l'avait dit une fois déjà, comme pour s'en débarrasser, un soir où il traversait un bois sombre. Il s'y trouvait seul ; on n'entendait rien que le murmure des arbres se préparant au sommeil et quelques ramages épars. Il avait donc parlé, mais, à la dixième parole, quelle épouvante quand une pie traversa le sentier, hochant la queue, l'œil éveillé! Elle s'était envolée aussitôt, s'était posée tout en haut d'un arbre. Là, elle jacassait éperdument parmi les branches, elle dérangeait les autres oiseaux pour leur communiquer la nouvelle, heureusement incomplète. Alors Isaac avait fui à toutes jambes, emportant le reste de son secret, et cela faisait encore un fardeau bien lourd… Comment s'en délivrer? Pourquoi ne dirait-il pas son angoisse à la vieille Rachel, si charitable, qui savait tout comprendre?… peut-être même (il eut une expression de ruse, d'avidité honteuse), peut-être lui donnerait-elle un bon conseil.

« Parle, dit-elle d'une voix impatiente, puisque tu veux parler! »