La vieille s'assit à côté de l'enfant, sur le banc de pierre. Un rayon les éclairait tous deux ; la coiffure pourpre, les mèches grises, la face ridée, la gorge défaillante et, tout auprès, ce visage inquiet, ces cheveux rebelles, cette bouche mobile, ces grands yeux sauvages…

« Donne ta main! »

Il tendit sa main blessée.

Alors, d'une voix de tête, très menue, très incisive, qui tremblait un peu, la vieille chanta, comme chante une flûte, et ce furent de singulières paroles.

« Pénélope! chantait la vieille, Pénélope! je t'invoque par le subtil Ulysse qui se délivra des hasards de la mer mauvaise, et par les douze Prétendants qu'il écarta de sa couche, et par les servantes infidèles que l'on pendit comme des cailles. — Pénélope, fileuse experte, viens à moi! Pénélope, j'ai besoin de toi! viens, par une chute rapide et sûre, jusqu'à mon doigt! »


Elle se tut… elle tendit un doigt…

Quelques instants passèrent où les murmures environnants se firent plus précis, comme si l'on eût échangé alentour des milliers de petites paroles, et dans le rayon poussiéreux, l'on vit soudain paraître, suspendue par le derrière, une grosse araignée velue, ventrue, ses huit pattes ramenées sous elle par prudence, qu'elle ouvrit enfin pour se poser sur le doigt maigre de la vieille.

« File! dit la vieille, file ta soie!… cet enfant est blessé, file ta soie sur sa blessure. »

Et l'araignée, passant du doigt de la vieille à la main de l'enfant, fila sa soie comme il lui était enjoint de faire. Elle la fila si bien, si vite, si serré, que bientôt le sang fut tari. Alors, voyant son ouvrage honnêtement terminé, Pénélope se raccrocha au fil conducteur et par une habile gymnastique remonta dans l'ombre.