« Pourquoi donc as-tu peur? Je ne suis pas méchante! »

La voix pointue s'adoucissait, sautillant encore dans ses notes hautes, mais plaisamment, avec grâce.

D'un geste accablé l'enfant montra sa main qui saignait. La vieille en fut toute saisie :

« Ah! je savais bien que cette journée serait mauvaise! Tu t'es blessé!… Oui, je comprends : la surprise de me voir, vieille comme je suis et si laide, cela t'a fait peur, oui, et tu t'es blessé contre ce poignard! Viens, mon enfant. »

Elle reprit le trait de sa baguette en dessinant à terre une courbe inverse.

« Viens avec moi. »

A l'enfant aussitôt délivré il ne restait nulle envie de s'enfuir. Il suivait la vieille, sans rien dire, pris de paresse, soudain, très indifférent à la perte de son poignard qui gisait au pied du mur.

« Entre! » dit la vieille, dès qu'ils eurent atteint la première masure du village.

Plutôt qu'une masure, c'était un hangar, très propre, un peu sombre. Le soleil ne l'éclairait que par des fenêtres minuscules et, la porte une fois refermée, il y régnait une étrange atmosphère grise, brutalement rayée de quelques longs traits d'or. Un banc de pierre, une couche, une grande table basse, rien d'autre. Néanmoins, on devinait, dans les coins d'ombre, de vagues choses grouillantes, on percevait aussi de vagues murmures, on sentait de vagues odeurs végétales qu'il était malaisé de définir. — Aucun motif d'effroi et, cependant…