« Je renvoyai l'enfant, ce bel enfant méchant qui m'inspirait tant de compassion. — Il s'en allait sur la route, dans l'ombre, et je me reprochais de n'avoir pas soulagé sa détresse, quand, tout à coup, il s'arrêta, regardant le ciel… alors moi aussi, je levai les yeux et… comprenez si vous l'osez, si vous n'avez pas trop peur et s'il est en votre pouvoir de comprendre… une étoile… une étoile nouvelle, inconnue, qui n'existait pas, hier, montait lentement dans la nuit… Elle brille encore là, caressante, limpide, toute neuve, car elle sort à peine des mains du grand semeur. Le ciel en est désorganisé, le ciel compte une étoile de plus!

« L'enfant poursuivit sa route, peu après. Assurément, il avait vu l'étoile… que pouvait-il en déduire? — Moi, je ne devinai rien, moi qui prétends lire dans les astres et apprécier leurs vertus, mais j'eus tout de suite la vision nette, irréfutable, de ma carrière brisée, de mes comptes désormais faux, de mes calculs absurdes, de mes prophéties malfaisantes, puisque la nuit se parait d'une étoile nouvelle. Alors, en grande hâte, je suis venue me réfugier ici, auprès de vous! »


Elle pleurait contre ses mains, elle se livrait tout entière à sa douleur.

On l'entendit encore qui disait :

« Quand le mystère s'éclaircira-t-il? Cette lumière d'un jour naissant, je ne la verrai pas! »

Et elle se reprit à pleurer.


Ses bêtes restaient frappées de stupeur, sans pouvoir d'abord émettre la moindre plainte. Cependant le chat noir miaula (de quel pauvre miaulement!) et le grand Pandémon, toujours planté sur ses pattes sèches, se tint plus affaissé, trouvant soudain trop lourde sa tête cornue. Les autres, de la chouette à l'araignée, eurent simplement un frisson, un affreux, un cruel frisson.

« Allons! courage! dit Rachel. Mes enfants, il ne faut pas vous laisser abattre! »