Rachel était seule sur l'aire où la lune semait sa cendre pâle, seule, toute seule. Elle écouta : pas un frisson, pas le moindre bruissement, pas un murmure. Elle se leva.

Seule… On peut supporter d'être seule, mais seule de cette façon! abandonnée, pour tout dire! — Maintenant, elle ne pleure plus par chagrin d'une séparation douloureuse, non, c'est sur elle-même : elle pleure en songeant au destin de Rachel, magicienne réputée qui reste seule, perdue dans la nuit, sans amis, sans compagnons, sans serviteurs, seule, en un mot, et sans nul espoir.

« Devant mes bêtes, je gardais un certain courage ; devant moi-même, c'est autre chose… Ah! comme ils m'ont quittée facilement! tous respectueux, à coup sûr, tristes, réfléchis, renfrognés, mais pas un qui ait hésité! pas un! — Va-t'en… et ils sortaient. — Pas un qui se le soit fait redire! Ils sont partis, Pandémon et Clorinde, Pénélope et Sigma, Artémise, Koa, Roxane, et jusqu'à mon cher Nyctalope!… Elle était donc de si peu de poids, l'affection de mes bêtes? Autant vivre parmi les hommes, vraiment. »


Ce fut alors qu'elle entendit une voix proche, une voix faible, tendre, insinuante, qui, tout bas, miaulait.

« Nyctalope! »

Il s'allongeait, il s'étirait aux pieds de Rachel avec des mouvements lents d'une grâce vigoureuse, les reins creux, le regard séducteur. Mais elle en voulut à cette bête de se trouver là quand elle regrettait son absence : il avait donc surpris ses paroles désolées, ses pleurs… Enfin, à quoi bon s'attendrir? Il fallait, de toutes façons, qu'il partît ; dès lors, pourquoi différer?

« Oui, oui, mais va-t'en! tu n'as rien à faire ici ; je n'ai pas besoin de toi ; va-t'en! »

Il griffa le sol, puis tout son corps se courba en arc de cercle, en un gros dos de quelle majestueuse acrobatie!

« Va-t'en! tu m'espionnais! »