— Sans lui, Seigneur, je n'aurais été que votre servante ; il me fallait apprendre à vous aimer ; il le fit : il sut, comme un habile jardinier, nouer l'humble glycine au tronc majestueux, afin qu'elle pût croître, non plus au ras de l'herbe mais parmi les hautes branches qu'elle enlace, qu'elle réjouit de son épanouissement. Vous-même, Seigneur, n'avez-vous pas appris à m'aimer? L'arbre altier devait ouvrir ses bras pour que la fleur odorante y fût bien accueillie, bien protégée, heureuse… Seigneur, mon très noble Seigneur, votre bouffon nous enseigna l'un et l'autre.
— La glycine… oui, tu m'enlaces comme fait la glycine, d'une étreinte insidieuse et sûre. Tu m'embaumes, mais tu m'abuses : tu l'aimais!
— Certes, je l'aimais, Seigneur, de tout mon cœur reconnaissant!
— Ah!… tu l'avoues!
— Et ma douleur est grande à le savoir parti.
— Ma reine aussi est partie, car je ne trouve plus qu'une esclave insolente!
— Mais où m'appuierai-je, maintenant, pour chercher le repos? C'est en vous que je pensais pleurer, c'est à vous que je pensais parler, c'est vous qui deviez me consoler…
— Tu pleureras dans les cuisines! tu parleras aux gardiens de l'ergastule! tu te consoleras en des travaux serviles!
— Son souvenir m'aidera, Seigneur.
— Et puis, un jour, je te ferai jeter aux orties!