« Celle-ci comme un souvenir de l'astre blanc que vous aimiez…

« Celle-ci pour la fantaisie des rêves qui vous ravissaient…

« Celle-ci pour que vous sentiez que la douleur est éphémère…

« Et cette coupe d'onde claire pour les pleurs qu'elle fait verser. »

Il se retira lentement, avec force saluts et déférentes courbettes, mais le roi ne le vit pas sortir. Melchior regardait le visage de sa fille : calme, ce visage, sans nulle angoisse, reposé, heureux, semblait-il, et dans les yeux d'azur, grands ouverts, qui contemplaient l'air obscurci du soir, deux larmes se formaient qui roulèrent le long des joues maintenant pâlies.

Ce fut alors que le roi put pleurer.

Il pleurait à sanglots pressés. Sa douleur n'était plus inquiète ni troublée, elle se lavait dans les pleurs. Libre, enfin, Melchior se donnait à sa peine comme l'on s'abandonne à la joie. Un double ruisseau noyait sa vieille face et des deux mains il tenait sa barbe grise, la tête penchée sur l'enfant mourante dont les yeux ne se fermaient pas. Il priait en pleurant, ses larmes baignaient son oraison et la prière fraîche éclose montait comme un encens.

… Est-ce donc que son regard le trompe?… Quoi? que signifie l'extase sereine qui, maintenant, transfigure sa fille, cette expression de bonheur surhumain, de radieuse délivrance? Les lèvres balbutient, dirait-on. Le roi se penche plus encore, il écoute de plus près… Les lèvres de l'enfant vont-elles ébaucher une requête, lui révéler un secret?

Quelque temps, il écoute en vain, puis il croit deviner…

« Plus haut, Père! lève les yeux plus haut! »