La chambre est pleine de fleurs, de branches fleuries… Melchior a vu des tombes ornées de même. Certains de ses sujets se plaisent à fleurir les lieux où leurs morts sont couchés. Des fleurs bientôt fanées, pour rappeler, sans doute, que la vie est précaire… Quoi! sa fille va donc mourir? sa fille va se raidir dans la mort, se dépouiller, se détruire et n'être plus qu'un peu de cendre inerte sous le poids de la terre?
Dès lors, il n'ose plus la regarder, il détourne les yeux vers la baie ouverte dont on vient de soulever le lourd rideau. La princesse respirait mieux sous l'air du soir… Un ciel pourpre, déjà foncé… Ce jour finissant serait-il son dernier jour? Melchior étouffe d'angoisse, debout au milieu de la jonchée qui l'encense de parfums.
De nouveau, quelqu'un gratte à la porte, quelqu'un entre : un tout petit homme, robuste, vraiment bien petit, d'apparence assez surprenante. Des bras noueux, des jambes tortues, un plaisant visage encadré de boucles blondes à reflets de cuivre. Un bonnet vert foncé le coiffe que dépassent les oreilles en pointe. Aucun poil, aucun duvet n'ombre sa face couperosée, toute rubiconde. Son regard veille comme une eau tranquille sous le sourcil broussailleux. Il est vêtu de verdure moussue, du même vert que son bonnet ; ses pieds sont chaussés de feuilles sèches. Il tient un bouquet à la main.
Un intrus! le roi s'étonne… Mais le petit homme s'approche du roi ; il parle bas, et Melchior l'écoute avec stupeur, car ce n'est pas une voix humaine… Ah! il la reconnaît soudain! c'est la voix de la brise dans la forêt, la voix que sa fille aimait tant :
« Seigneur, dit le petit homme, ne vous troublez pas! Je suis le génie des bois, je distribue dans les brises les parfums de la résine et je fourbis les rayons jaunes des soleils couchants. Bien des fois la princesse s'est promenée en mon domaine, bien des fois, je l'accompagnai le long des sentes. Pour elle, j'écartais les rameaux du fourré, vers ses doigts j'inclinais une tige et j'avertissais les abeilles de sa venue quand elle visitait les ruches. La princesse a demandé qu'on lui portât des fleurs : il en est de plus rares que celles-ci et qu'elle avait découvertes par mes soins… Car je connais la fleur que le poète préfère, celle amie de la lune qui, suivant la lune, s'accroît et diminue, la fleur que les chauves-souris couronnent de leurs brusques danses, la fleur qui ne fleurit qu'un jour et celle aussi qui n'est qu'une coupe claire tendue à la rosée. — Agréez, Seigneur, le modeste hommage de ces quelques fleurs choisies pour la princesse, votre fille. »
Melchior, se penchant sur le petit homme, posa la main sur son épaule et murmura tendrement :
« Ces fleurs, offre-les lui toi-même, génie des bois. »
Tous deux s'approchèrent alors du lit et là le petit homme, debout, très grave, un peu solennel, présenta, l'une après l'autre, les cinq merveilleuses fleurs de son bouquet. Il les posait sur le lit près du visage de l'enfant malade et, chaque fois, prononçait quelques paroles…
« Une pour les belles pensées qui s'éployaient en votre esprit…