— Au pied de la falaise, j'ai vu des fleurs mauves.

— Une grappe bleue retombe du vieux chêne, à la croisée des chemins.

— De grandes fleurs jaunes sont écloses dans un fourré que je connais.

— Elle aime ces fleurs d'un bleu sombre qui tremblent sur leurs tiges.

— A quelques pas de la cascade, on voit comme des étoiles blanches sur un buisson.

— Allons les cueillir toutes pour elle… »

Ils se partagèrent la besogne et se dispersèrent le long des pentes. Ce coin de forêt humide fut bientôt peuplé de leurs courses, de leurs appels, de leur industrieuse quête, de leur jubilation pour une trouvaille imprévue, et quand ils se rejoignirent, chargés de bouquets et de gerbes, ils surent que ce lourd butin qui leur faisait honneur, serait digne de la princesse aimée.


Dans la chambre où repose sa fille, le roi veille auprès de la couche, le roi souffre en silence, priant parfois, toujours en vain : l'enfant n'a pas dormi, n'a cessé de gémir, et la fièvre empourpre ses joues.

Voici que l'on gratte à la porte… Des voix murmurent au dehors. Le gardien entr'ouvre et Melchior aperçoit la jeune troupe sous le faix de ses fardeaux embaumés. Tout doucement, les enfants s'avancent, muets, retenant leur souffle, se gardant de faire le moindre bruit, et déposent leur belle cueillette. Mais en voyant le visage de leur amie et ses pauvres bras maigres et son regard absent et surtout ce long frisson qui la parcourt à tout moment, ils pleurent… Seul le roi ne pleure pas et, quand les enfants ont disparu, c'est lui qui frissonne…