« Je te somme de répondre! Toi qui devras me représenter dans ma colère, devant ceux qui me suivront, et qui dois être ce que je serai toujours, réponds-moi! Je me sens moins grand, moins fort, moins sûr de ma colère et de ses effets. On dirait qu'une mouche méchante tourne autour de moi, et nul ne peut écarter la mouche. J'ai reçu comme une cruelle piqûre qui ne me laisse aucun repos. Je voudrais tuer quelqu'un, fracasser quelque chose, mais je me demande à quoi cela servirait! Jusqu'à ce jour, je ne pensais pas ainsi ; cela me fait mal de penser autrement. Viens à mon aide! Jamais je n'ai imploré personne, mais à toi je puis parler, car tu es pareil à moi, car tu le seras plus encore. — Que l'ennemi m'écoute et surprenne mon discours, je m'en soucie peu, étant toujours le plus puissant ; je hausse magnifiquement les épaules ; mais toi, je t'appelle à mon aide, toi seul! — Non sans respect, puisque je m'adresse à ma propre personne, je t'enjoins de répondre… Que se passe-t-il en moi? »

Depuis des années, Balthasar n'a tant parlé de suite ; jamais, en tout cas, il ne s'est imposé pareil effort de l'esprit. Il en éprouve une certaine fatigue et, maintenant, il attend, le regard posé droit devant lui, que l'image parle à son tour.

Or les yeux de bois restent immobiles, comme s'ils ne voyaient rien, et la bouche ne desserre pas ses grosses lèvres, et nul geste ne s'ébauche qui puisse signifier quelque chose. Même il semble que la sublime colère de la statue soit moins intense, moins évidente. Balthasar l'admire moins.

Mais, si la statue reste muette, l'oiseau rouge, après quelques sautillements, ébouriffements et piaulements de prélude, dit, d'un petit air très dégagé, très insolent, ce qui lui reste à dire.

« Sans doute, Balthasar est-il lassé par ses devoirs royaux, ou par la grande chaleur, ou par son extrême ennui…

« En vérité, je m'ébahis à l'entendre!

« Il parle à un morceau de bois!

« Cela est-il possible, raisonnable?

« Parler à du bois mort!

« Parle-t-on à un mur? »