Aussitôt le regard de Lucienne s’éclaire ; elle s’installe dans un fauteuil près de la chaise longue de Roger, lui allume sa cigarette, change la disposition des coussins auxquels il s’appuie, caresse sa main tendrement…

« Lucienne, il faut que je te dise certaines choses.

— Lesquelles, mon chéri ? »

Je pense que Cigogne ne le sait pas, au juste, car il se tait, la question posée étant peut-être trop précise. Il dit enfin :

« Lucienne, je dois, avant tout, te demander pardon, très humblement…

— Mais, de quoi ? grand Dieu ! Nous sommes réunis, Roger ; bientôt nous retrouverons notre chez nous, nos anciennes habitudes, loin de toutes ces affreuses misères auxquelles on a peur de songer. Déjà, nous goûtons ce bonheur si doux d’être ensemble, dans un pays qui nous charme, l’un et l’autre… De quoi me demanderais-tu pardon, puisque nous sommes heureux ?

— Non, mon enfant, écoute… Je t’ai trop fait souffrir, sans le savoir, oh ! certainement sans le savoir… mais tu n’en souffrais pas moins. J’ai été imbécile au lieu d’être criminel, voilà tout ! Laisse-moi parler, je t’en supplie !

— Roger !

— Mes lettres devaient te sembler horribles ! ces lettres, pourquoi les ai-je écrites ? et tu ne me laissais rien deviner de ta peine, tu répondais par des mots tendres… Avoue qu’en ouvrant mes enveloppes tu prévoyais chaque fois une angoisse nouvelle ; avoue que tu serrais les dents !

— Mon petit Roger ! calme-toi ! quelles folies !