— Laisse-moi t’expliquer : c’est elle et ce n’est pas elle ; c’est elle quand il pleut, c’est elle par temps gris, quand elle ne sait que faire et qu’elle s’ennuie. C’est Lucienne comme elle serait si elle ne m’aimait pas, si je ne l’aimais plus.
— Roger ! de grâce ! s’écria-t-elle.
— C’est Lucienne dans un herbier. Oui, voilà ! c’est Lucienne dans un herbier. On la reconnaît tout de suite, comme si on lisait une étiquette… Moi, je ne la reconnais pas. Ce n’est pas elle… »
Il valait mieux ne pas le contrarier : je lisais trop d’angoisse sur son visage. Je m’excusai, je le consolai, je fis quelques plaisanteries, je promis enfin d’essayer autre chose.
« Au fait, non, repris-je. La prochaine fois, je tâcherai de peindre ton portrait à toi.
— Ah ! c’est gentil ! » murmura-t-il avec un pauvre sourire.
Dès le début de ce morceau d’éloquence, Mahoudiaux s’était éloigné avec un haussement d’épaules, en grognant :
« Mon plus sincère compliment, Serval : vous avez du sang-froid ! »
Mais, quand je regardai Lucienne, je vis qu’elle pleurait.