Alors il y eut des paroles. Ce fut peut-être moins affreux, parce que plus explicite.
« Au secours ! venez ! venez ! pour l’amour de Dieu ! il s’est coupé la gorge ! »
Il s’était en effet coupé la gorge, d’un coup de rasoir, assez maladroitement. Le lit sur lequel il reposait présentait un aspect immonde. Le linge sale, c’est toujours laid…
« Serval, téléphonez au No 8, dit Mahoudiaux. Le docteur Famin doit être chez lui. Avec sa bicyclette, il sera ici dans cinq minutes : il n’a qu’à descendre la côte. »
Et Maurice fit de son mieux pour arrêter le flot de sang. La bonne soignait Lucienne évanouie devant la fenêtre.
Les Michel arrivèrent quelques instants plus tard. On envoya aussitôt le gosse déjeuner à la cuisine. Ses parents nous aidèrent beaucoup par leur activité et l’exemple de leur sang-froid.
« Pourquoi ?… Il était donc malheureux ? » demanda Victor Michel avec simplicité.
Le médecin attendu parut peu après, sur sa bicyclette. L’heure qui suivit reste vague dans mon souvenir, toute peuplée de petits gestes utiles, précis, commandés par ce brave homme très averti.
« C’est pas pour dire, déclarait le docteur Famin, mais je vous garantis, Monsieur Maurice, que sa main a tremblé juste au bon moment. Il a eu de la veine… Maintenant, il ne risque plus rien. Le pauvre ! il y allait argent comptant, et puis, il a dû songer que la vie, c’était pas si mauvais, tout de même… et il a ralenti le mouvement. Non, Madame, votre mari est sauvé. Ne pleurez pas, je vous assure : il n’est pas nécessaire de vous rendre malade ! Allons ! allons ! un peu de calme ! Les hommes sont toujours des fous. Croyez-moi, Madame, il guérira. »