Je le lui dis, dans la mesure où je pouvais le prévoir.

« Et vous, Mahoudiaux ?

— Je pense reprendre du service dans six mois, mais de quelle façon, je ne sais, avec cette stupide ankylose…

— Et nos amis ?

— Les Maxence continueront… ils continueront : Roger à être fou, à se créer un monde en croyant qu’il le touche, Lucienne à souffrir, à s’en cacher, à aimer son mari, à le plaindre. De même, les Michel continueront à former un heureux couple, sauf le cas où Victor recevrait une balle dans la tête… mais si cela arrivait… ah ! Serval, de grâce, parlons d’autre chose ! parlez-moi de peinture !… »

Alors je lui décrivis cette grande composition dont j’avais fait l’esquisse et que je pensais reprendre, où, sur une prairie verte, une magicienne présentait un cristal à des gens accroupis autour d’elle…

« Par un petit croquis, je vous mettrai ça en place, Mahoudiaux. »

Mais, soudain… Nous nous regardâmes d’abord, avant de lever les yeux vers la fenêtre du premier étage d’où partait le cri horrible, déchirant, prolongé, suraigu, qui trouait l’air.

« Ça, c’est Lucienne ! » dit Mahoudiaux.

Il n’en finissait plus, ce cri de femme. On crie ainsi pour se sauver, pour s’échapper, quand il n’y a plus d’espoir, et puis un hoquet rauque l’interrompit.