— Qui donc vient de fermer une persienne, là-haut ? demandai-je.
— C’est la bonne, à qui j’ai recommandé de les rabattre toutes et d’ouvrir les fenêtres… Quant à mon cahier, vous le lirez, c’est bien entendu. Je m’excuse de ma mauvaise écriture, mais point du tout des sentiments que j’exprime. D’ailleurs, je n’en exprimerai plus de pareils, je vous le jure.
— Pourquoi, Madame ? demandai-je. On dirait, à vous entendre, que votre vie est finie. Cigogne vient de subir une cruelle épreuve et, cette fois, je suis sûr qu’il profitera de la leçon. Il vous aime de tout son cœur et vous l’aimez toujours… oui, oui, quoi que vous puissiez écrire ou dire, vous l’aimez toujours.
— Lucienne, ajouta Mahoudiaux, ne froncez pas les sourcils. Vous l’aimerez demain… et la vie est douce à vivre. »
Nous restâmes silencieux un bon quart d’heure. L’ombre nous entourait ; on percevait au loin un léger murmure dans les branches ; le feuillage fut traversé d’un long soupir : la brise se levait. Mon rossignol (celui qui fréquente l’arbre du coin gauche de la terrasse et avertit de sa présence par un petit prélude amoureux) ne chantait pas encore… On attendait son chant.
Lucienne reprit d’une voix moins froide et cependant plus calme :
« L’aimerai-je, demain ? c’est possible, en somme, et de toutes façons, je tâcherai. Maintenant que vous m’avez bien grondée, bonsoir, mes amis ; je fais un petit tour dans le jardin, puis je rentre. »
Nous rentrâmes aussi, Mahoudiaux et moi.
Dans ma chambre, je trouvai un billet de l’écriture de Cigogne, soigneusement épinglé au milieu de mon oreiller :
« Viens chez moi, tout de suite. »