— Vous voulez dire, Lucienne, tel qu’il vous semblait être jadis !

— Il ne jouait pas encore la comédie.

— Allons donc ! il l’a toujours jouée, mais vous aimiez son rôle.

— Madame, ajoutai-je, moi aussi, j’ai plus d’une fois aimé ses rôles ; dans certains, je l’ai même admiré, car il souffrait sincèrement en les jouant.

— Monsieur Serval, vous faites de la littérature ?

— Je ne saurais pas, chère Madame, étant peintre. Je l’ai souvent dit à votre mari en réponse au même reproche. »

Elle haussa les épaules d’un air exaspéré.

« Il aurait sans doute réussi comme acteur, dit Mahoudiaux, mais c’eût été déchoir. Il voulait régner, aimer, conquérir, de ses propres forces, tout seul, mais, incapable de vivre par lui-même, il cherchait d’abord un exemple, avant d’agir. Une vie tranquille et douce l’ennuyait ; il en sortait aussitôt ; sa vie héroïque, il l’a manquée, toujours pour les mêmes raisons… Il n’a même pas su se tuer, le pauvre bougre ! et pourtant je parie qu’il s’est donné inconsciemment le plus grand mal pour réussir son effet !

— C’est vous qui êtes injuste, dit Lucienne. Soit, je n’ai su voir de lui que des images, mais j’aimais Roger et, quand il m’aimait, il était sincère… C’est affreux à penser : aurait-il… aurait-il tâché de se tuer parce que moi, je ne l’aimais plus ?

— Les femmes sont d’une logique vraiment admirable ! dit Mahoudiaux.