Au Docteur Maurice de Fleury

en témoignage d’affection
et de reconnaissance.

LE MIRAGE

Ce pouvoir départi à l’homme de se concevoir autre qu’il n’est.

Jules de Gaultier.

CHAPITRE PREMIER

Etait-ce un jeu ? Le sais-je !… En tout cas, cela m’amusait fort, tout en m’effrayant peut-être un peu.

« Que fais-tu là, mon petit ? Un garçon ne doit pas se regarder dans une glace. »

Maman m’avait trouvé debout devant le miroir à trois pans de sa chambre. Elle en fut toute surprise. Mon père, qui la suivait, entendit ma réponse.

« Mais, Maman ! c’est pas moi que je regarde, c’est l’autre ! »

Encore fallut-il expliquer. J’étais d’ailleurs très fier de ma découverte : ce second moi-même que je voyais de profil, pourquoi avais-je quelque peine à le reconnaître ?… et ce troisième, vu de dos, je ne le reconnaissais pas du tout, j’aurais pu le prendre pour un étranger… pourquoi ?… puisque je me reconnaissais en me regardant tout droit !