« Singulier garçon, me dit-il. Oh ! je me rends compte qu’il ne vaut pas la corde pour le pendre, mais… s’il trouvait Mlle Hortense autre qu’il ne se l’imaginait, après ces longs mois de guerre ?
— Eh bien ?
— Ce serait très dur pour lui… ce doit être très dur de se tromper ainsi.
— Voilà qui m’est égal ! »
Cigogne semble navré. Il secoue la tête ; il désespère de ma compréhension, de ma sensibilité.
« Mon ami, ton cœur est de roche ! »
CHAPITRE XII
Du cahier lavande.
Roger n’est pas un enfant, mais, de l’enfance, il garde quelque chose dans sa nature d’homme : de la gaîté, d’abord, quand le temps est beau, une gaîté charmante, puis, une extraordinaire faculté de distraction ; je l’ai vu, durant une causerie grave où il présentait ses condoléances à propos d’un deuil récent, se mettre à rire, tout à coup, et à battre des mains parce qu’un moineau s’était posé sur le rebord de la fenêtre ! j’en étais bien honteuse ! Enfin, il se laisse trop facilement influencer.
Avec Mahoudiaux qu’il connaît depuis vingt ans, il est tranquille, il vit, comme il le dit lui-même, « ses heures bourgeoises » ; avec ses amis du cercle (ceux qui ne l’ennuient pas trop), il discute de politique municipale et des potins de la ville, âprement… On dirait qu’il s’y intéresse, et Dieu sait que de pareilles questions le laissent froid ! — Ce serait tout simple si l’influence ne durait que le temps d’une conversation, mais elle se perpétue. Roger subit des influences comme d’autres gens ont la rougeole : il faut le soigner et qu’il guérisse.