Le brigadier Chert va se marier. Ses noces coïncident avec la permission de huit jours qu’il va prendre. Ce jeune voyou m’est très peu sympathique. Il parle de la cérémonie toute proche avec un cynisme grossier qui me blesse.

« Et à l’église encore ! comme les bourgeois !… une idée de la famille !… Hortense va se foutre en robe blanche ! Ah ! je rigolerai pour mon argent !

— Tu veux dire pour le sien ? » interjette Cigogne, avec le plus charmant sourire.

La plaisanterie est jugée de bon goût, spirituelle et délicate.

« Un rigolo, le margis Cigogne ! un vrai ! » s’écrie cette petite crapule.

Raymond Chert ne nous laisse pas ignorer que celle qui sera bientôt Mme Chert lui est connue depuis plusieurs années, de très près. Il nous la décrit en détail. — Cigogne prend son air le plus attentif. Je trépigne. Chert ajoute quelques ordures à son premier récit. — Au fait, pourquoi ce mariage ? — Ah ! voilà ! le grand-oncle de sa fiancée vient de mourir et son testament fait de Mlle Hortense une personne que l’on peut, que l’on doit épouser. Elle a d’autres amants, mais c’est lui, le brigadier Raymond Chert, qu’elle adore.

Brusquement, il se tourne vers Cigogne.

« Maréchal des logis, vous penserez à moi, le jour de la noce ?

— Je tâcherai, » répond gravement Cigogne.

Et, quelques instants plus tard, comme nous nous promenons ensemble dans le cantonnement :