« Alors, me disait Leroy, tu comprends, c’est en raccommodant le fil téléphonique que j’ai attrapé ça. Cinq mois d’hôpital, mon vieux ! deux mois de congé de convalescence auprès de Mme Leroy, enfin je reviens au front et ma jambe est aussi bonne qu’avant.

— Comment t’y es-tu pris ? » demanda Cigogne qui ne le quittait pas des yeux.

Leroy se mit à rire.

« Pour quoi faire ? pour être blessé ? pour raccommoder le fil ?… J’ai sauté par-dessus le talus, tout simplement, j’ai rampé dans la luzerne…

— Dans la luzerne… répétait Cigogne.

— Et puis… »

Vigoureuse interruption, grand vacarme. On se sépare. C’est la rafale, nous nous sentons assourdis. Cela ne cesse pas, mais le temps passe vite, tout de même. Chacun travaille de son mieux. Comme distraction, peu de chose. On n’en cherche pas.

Le lieutenant crache le bout de sa cigarette. Un oiseau pique droit dans le champ, comme s’il était touché d’une balle. Je l’ai suivi des yeux. Il repart aussitôt ; je l’avais prévu, simple fantaisie.

Leroy, souriant, me dit qu’il n’a plus de tabac ; je lui donne une pincée de poussière prise au fond de ma poche…

Encore un obus non loin de l’abri ; c’est le dixième. J’ai reçu un paquet de terre en pleine figure.