Et le vacarme continuait toujours. J’avais perdu le compte des obus, l’un d’eux ayant éclaté, entre Leroy et moi, assez près pour me troubler la cervelle.
Encore de longs, de très longs instants, puis, soudain, la sonnerie du téléphone grelotta et Cigogne, la figure toujours tranquille, reparut en rampant. D’un bond, il fut dans la tranchée.
« Enfin ! bougre d’animal ! et… pas blessé ?
— Rien du tout, mon lieutenant ! quelques cailloux dans le dos. La communication est rétablie ? »
Leroy, qui voit ma figure encore pleine de terre, me demande en rigolant :
« C’est-y que tu as du chagrin ? tes yeux coulent, margis ! »
A ce moment, je m’aperçois, d’abord, que la rafale a cessé (on reprend pied dans une sorte de silence), puis que Leroy, qui me parle, est blessé au bras. Je lui en fais la remarque. — Il prend un air sérieux et cesse de me tutoyer.
« Dites rien, je vous en prie, margis ! »
Nous sommes seuls dans l’observatoire. Le lieutenant et Cigogne vérifient la ligne, le long du boyau.
« Ne rien dire ? t’es pas fou, Leroy ? »