Je le déshabille, je panse son bras. La blessure est superficielle, une éraflure.
« Merci, Serval. Tout de même, je vous en prie, ne dites rien.
— Mais, pourquoi ? Nom de Dieu ! »
Il se trouble ; il parle vite et bas :
« C’est pas commode à expliquer… En somme, je suis à peine blessé, ça compte point ! Alors, vous comprenez, j’ai comme une idée que ça ferait pas plaisir à Cigogne… à Maxence…
— Pas plaisir ?
— Oui… une égratignure comme ça, c’est plus la peine. Je dirais pas la même chose si c’était la première fois, mais maintenant, écoute voire ! ça ne sert à rien ! Je vous dis bien : c’est plus la peine ! Au lieu que lui est pas blessé du tout, alors, s’il a la croix de guerre (il l’aura, pour sûr), dans la citation, ça sera moins chic, sans blessures. C’est lui qui aurait dû attraper ça. Je serai guéri demain ; ça ne se verra pas… Merci de m’avoir pansé, margis, seulement… ne dis rien aux camarades. Je m’arrangerai. Demain, je serai guéri. Parole d’honneur ! ça ne se verra pas !… Oh ! je crois pas qu’il m’en voudrait, mais, Cigogne, il est point comme les autres, tu sais… un bon garçon, mais point… point… comme les autres. »
Le lieutenant revient.
« Ah ! vous voilà, mon lieutenant ! Leroy est légèrement blessé. Un des derniers obus, je pense ; celui qui nous avait tous arrosés de terre. »
Un murmure à mon oreille :