Je n’y comprends rien ! Il n’a pas dû recevoir ma lettre. Que pense-t-il de moi ? Pourtant, je l’ai portée à la poste moi-même ; une lettre où j’avais mis toute ma tendresse… Ce sont toujours celles-là qui se perdent !… ou bien n’est-ce qu’un simple retard ? Cela est déjà arrivé. Que je suis donc inquiète !
Maurice va mieux. On l’a transporté à l’hôpital, ici. Ce garçon a toutes les chances. D’ailleurs, je ne suis pas son infirmière : il se trouve dans la salle 7. Je le vois souvent… Bientôt, on lui permettra de sortir et j’espère qu’il viendra passer le jeudi après-midi à la maison. Hélas ! il ne fera plus de musique ! son bras s’ankylose de plus en plus. Néanmoins, il n’est pas à plaindre : en si peu de temps, il retrouve son appétit, la fièvre disparaît, il peut marcher, il pourra se promener la semaine prochaine.
Mahoudiaux a d’ailleurs gardé toute sa gaîté. On l’admire beaucoup pour cela, mais, en toute justice, il doit se considérer comme un des heureux de la guerre. — Passé sous-lieutenant très vite (il connaissait depuis longtemps le colonel et avait, je crois, fait ses périodes en temps de paix)… oui, mais quand je songe que Roger est encore maréchal des logis !… Enfin !
Et puis Maurice a une blessure qui, grâce à l’ankylose, se voit comme celle d’un grand blessé et qui n’a pas dû, quoi qu’on dise, le faire tant souffrir. La guérison eût été moins rapide, car, en somme, le voilà guéri.
Une ankylose du bras droit doit beaucoup gêner, les premiers temps. Oh ! certainement, on s’y accoutume, mais, au début… Tout cela est bien triste ! Et puis Roger aurait eu si grand plaisir à l’entendre jouer le Petit Carnaval de Schumann !
CHAPITRE XXI
Il y a quelques jours, au baptême de Florimonde, Cigogne me paraissait un peu ridicule. — Ce matin, il m’a, je l’avoue, singulièrement gêné.
Que ce soient des lettres anciennes dont les auteurs sont depuis longtemps morts et sous terre, que ce soient des serments, des reproches tout récents, un billet banal, des nouvelles graves ou sans nul prix, il me déplaît toujours, y serais-je autorisé, en serais-je même prié, de lire une correspondance qui ne m’est pas adressée. Je trouverais, dans le tiroir d’un vieux secrétaire acheté chez le brocanteur, une liasse de papiers jaunes et poussiéreux, que je n’oserais en délier le fil. Je ne puis tuer en moi le sentiment que je commets une indiscrétion.
« Lis cette lettre, me dit Cigogne, ce matin.
— Pourquoi ?