Je suis allé un peu loin. J’arrange les choses par quelques paroles amicales, mais me sens toujours en colère.
« D’ailleurs, lui dis-je, pour conclure, tu es, tout simplement, jaloux ! »
Il me regarde d’abord de façon stupide, puis il rit et me serre la main, puis il se défend avec vivacité, avec sincérité, je pense. Il a en Maurice Mahoudiaux une confiance sans bornes, et quant à Lucienne ! Non, il est heureux que son foyer ne soit pas trop solitaire, que sa femme ait bientôt auprès d’elle un aussi parfait camarade, plein d’entrain, pas bruyant… un colosse tranquille. — La voir, si petite, si mince, à côté de ce géant de légende, ah ! c’était presque ridicule ! Cigogne rappelait d’un air attendri leurs belles soirées de causeries, de musique, (Maurice jouait fort bien du piano).
« Au fait, maintenant… un bras ankylosé… »
L’image de Mahoudiaux blessé l’arrêta un moment, puis il reprit :
« Serval, tu n’as pas connu cela !… Et les heures passaient sans qu’on y songeât, des heures merveilleuses, mon ami. Lucienne se levait enfin et, avec une petite révérence moqueuse :
« Mes enfants, il n’est plus minuit depuis longtemps ! »
Cigogne me décrivait Mahoudiaux qui s’excusait gentiment, comme un grand gosse pris en faute, mais qui sait qu’on lui pardonnera toujours.
« Moi, jaloux de Maurice ! quelle idée absurde ! »
Je n’avais donc plus rien à dire.