Je ne ferai aucune remarque ; je me tairai, j’écouterai Cigogne. Il en a pour longtemps… Au fait, à qui parle-t-il ? A Marguerite ? à Marguerite endormie ?… Prêtons l’oreille.
« Tu me donnes le repos, tu me donnes la paix ; c’est ainsi que j’aurais voulu vivre, tout près de ton berceau. Dors, mon enfant ! Elle… elle serait dans la chambre voisine, oui, dans cette chambre voisine… »
Ah ! tiens ! va-t-il nous parler de…
« Elle tricoterait une petite brassière bleue à ton intention. Par la porte entr’ouverte, je l’entendrais respirer. Elle a confiance en moi, elle sait que je te protège. Si tu pleures, elle ne se dérangera même pas. Ne suis-je pas là pour te bercer, pour t’endormir ? »
Que voulez-vous ! il est fier de ses nouveaux talents !
« Ah ! si tu tousses, elle viendra tout de suite. Les hommes sont si maladroits ! Mais, pour l’instant, elle est tranquille. Ses doigts se hâtent doucement, sans bruit, et, sous ses doigts, la brassière s’allonge ; sous ses doigts, la laine est souple. Les fées doivent tricoter ainsi. Dors, mon enfant ! La vie est bonne à vivre ; tu sommeilles, moi je te berce et ta mère compose pour toi des vêtements merveilleux. La lune, au dehors, verse de l’argent sur la campagne… »
J’attendais la lune ! Notez qu’il n’est pas cinq heures de l’après-midi.
« Dans la cheminée, le vent soupirera de temps en temps, pas trop pourtant : il sait bien que tu sommeilles ; le vent qui passe est ton ami. Un chien jappera dans la cour ; tu le connais, le gros chien jaune, si poilu, si pataud, jamais il ne te fera peur ; le gros chien jaune est ton ami ; et nous entendrons crier les hirondelles qui cisaillent l’air autour du toit… »
Où diable a-t-il vu les hirondelles voler la nuit, puisqu’il veut qu’il soit nuit, et autour de quel toit ?
« Plus tard, je t’apprendrai à aimer toutes ces choses qui t’entourent et qui font la beauté du monde, toutes ces choses que les passants dédaignent : le chant des ruisseaux, la couleur du crépuscule et son reflet dans les mares, les parfums que les brises apportent, la voix mince d’un crapaud perdu dans le pré vert… »