Et Cigogne, dans son coin, tout en décortiquant un morceau de singe, soupira :
« Serval ! tu reçois des lettres de femmes ! Quand on est célibataire, on peut se payer ça, pas vrai ?
— Mais, oui !… »
Puis, sans avoir l’air de rien, je demandai :
« Pas de nouvelles de chez toi ?
— Pas de nouvelles directes de Lucienne, dit-il d’un air maussade, mais, de mon ami Mahoudiaux, quelques lignes mal écrites (il commence à gribouiller seul, tout de même), où il m’annonce précisément que Lucienne ne va pas très bien. Elle est nerveuse depuis quelque temps, paraît-il, elle est triste. Maurice dit qu’elle a besoin de repos moral ; il me recommande surtout de ne pas l’inquiéter dans mes lettres, de me surveiller de près quand je lui écris. Il en a de bonnes, Maurice ! Inquiéter Lucienne ! comment ferais-je ? Est-ce en racontant la vie de bourgeois que nous menons ici, que je pourrais inquiéter Lucienne ? Pas un coup de canon depuis quarante-huit heures ! »
Agacé, nerveux, inquiet lui-même, il hausse les épaules et s’en va.
Mme Maxence est donc nerveuse ! Bon Dieu, que vais-je lui répondre ?
CHAPITRE XXX
Je rentrais de la tranchée, assez secoué par l’arrosage intense que nous y avions subi, et relisais, assis dans la cuisine du père Dietrich, la lettre, reçue la veille, de Lucienne Maxence. Je tâchais de rappeler à moi, de fixer ainsi mes idées, égarées par tout le vacarme de ces dernières heures, quand Cigogne entra brusquement. J’eus à peine le temps d’empocher le dangereux papier mauve et son enveloppe.