— Tu dis ça… Et, en rentrant lui, qu’as-tu fait ?

— Je me suis accroupi dans le coin de la cour, comme un singe malheureux, le menton sur les genoux, et je tenais mes jambes ; je ne bougeais pas… Oh ! je t’ai bien vu passer ! tu es entré dans la cuisine du père Dietrich et, sur le seuil, tu t’es arrêté pour jeter ta cigarette, puis tu as tiré de ta poche une lettre que tu as sortie de son enveloppe, puis tu as poussé la porte… Pas vrai ?

— Oui, répondis-je gravement, c’est vrai.

— Et moi, je pensais tout le temps : j’ai violé une petite fille ! »

Alors, perdant patience, je lui dis :

« Mais, bougre d’imbécile ! tu ne l’as pas violée du tout ! »

Je fus aussitôt ahuri de l’expression stupéfaite qui se lisait sur le visage de Cigogne. Il n’avait donc pas violé cette enfant ? Evidemment mon pauvre ami n’en croyait pas ses oreilles.

« Allons ! couche-toi ! tu n’as rien de mieux à faire. La grange doit être chaude. Je t’y rejoindrai dans un instant, mais va d’abord te fourrer la tête sous la pompe : tu es encore bien rouge. »

Il me quitta, marchant à pas lents.

Dans la nuit tiède et claire, la grenouille chantait toujours, près du puits ; l’arbre gardait son chapeau d’argent ; la brise était presque insensible. — Entouré d’un pareil décor, participant à cette magique douceur, entouré de cette paix pleine de parfums, de ce parfait silence, quel homme n’aurait pas rêvé, rêvé les pires folies, rêvé de n’importe quoi et réalisé ses rêves en un rêve nouveau !