Je n’ai pas rencontré de paysanne, moi, mais les obus sont tombés dru. Je n’ai pas eu, moi, cette joie tranquille dont me parlait Cigogne. Il me semblait que j’avalais ma peur à grand’peine, et je ne distinguais pas du tout l’héroïsme de mon action, ni le brin de laurier que je cueillerais en fin de course. Non, j’avais simplement le ventre inquiet, si j’ose dire, et je souffrais d’un engourdissement assez pénible dans les mollets.

Comme j’atteignais les premières maisons du village, tout à coup, je mets un genou en terre (oh ! sans grâce, sans élégance !) et je me rends compte que je suis blessé à la jambe.

En traînant un peu la patte, j’ai pu arriver quand même à bon port et remettre le pli au colonel qui, précisément, était en conférence avec le médecin-major, à l’ambulance. Je fus donc reçu à la fois comme blessé et comme agent de liaison. Durant qu’on me pansait, le colonel me félicita, me parla de l’arrosage, me serra la main et, ma foi, au bout de quelques instants, je compris qu’il allait demander pour moi la croix de guerre, ce dont je fus très satisfait.

Comme il causait encore, je crus pouvoir glisser quelques paroles tendancieuses concernant Cigogne, ou plutôt Roger Maxence ; alors un petit lieutenant qui se trouvait là éclata de rire :

« C’est bien celui que vous appelez tous Cigogne ? »

Et il le décrivit au colonel de façon un peu inexacte, mais fort drôle, je l’avoue.

« Il est d’ailleurs insupportable ! » ajouta-t-il.

Insupportable ! Pourquoi donc ? Ce lieutenant n’aimait pas Cigogne ; il n’avait nulle autre raison de le trouver insupportable.

La seconde citation de Cigogne était fichue ; elle eût peut-être entraîné l’octroi de la médaille.

Pour conclure, le colonel décréta :