Raymond Chert est un peu inquiet.
« Alors, va-t’en.
— Oui, c’est l’heure… Au revoir, margis… Comment ! vous ne voulez pas me serrer la main ? »
J’avais retiré la mienne trop manifestement pour que le foutriquet n’y prît pas garde.
« Non, et si je pouvais me lever, je te reconduirais avec mon pied. »
Il fait la grimace ; il tâche de trouver quelque chose à dire, une réponse venimeuse ; il échoue, et, comme personne n’a entendu, comme nous parlions bas, il passe l’incident à profits et pertes. Il hausse les épaules. Il décampe.
Mais, trois minutes plus tard, il rentre.
« Ah ! voilà qui est rigolo ! Je vous annonce une visite, margis. Cigogne est là, dans la cour, en ce moment. Oui, oui, je fous le camp ! Au revoir. »
Et, en effet, peu d’instants après, Cigogne paraît, soutenu à gauche par un infirmier robuste, à droite sur une béquille. — Il est maigre, il est pâle, il fait peine. A ma prière, on le couche tout près de moi. Il ne dit mot, d’abord, puis, avec un vilain sourire et montrant la béquille :
« Hein, Serval ? murmure-t-il, la béquille des grands blessés ! Coquette, ma gloire, pas vrai ? bien ajustée à mon héroïsme ! Lucienne pourra être ravie, ravie, je veux dire, de me revoir ! »