Dès lors, Jacquot a donc pu sortir de la villa sans surveillance, dans l’intervalle de ses heures d’étude, à condition toutefois d’y être autorisé. Plusieurs fois, déjà, il s’est promené, tout seul, comme un homme.

En troisième lieu, Jacquot souffre d’un gros chagrin, chagrin mystérieux, chagrin obscur, qui lui fait tourner la tête quand il y songe. Mais, avant d’y songer, il tient à s’occuper de son ami Leduc. Et d’ailleurs, ce chagrin spécial, M. Salvert sûrement l’en guérira.

Le plan commence à se dessiner mieux.

Leduc pleure quelquefois. Jacquot a vu pleurer Leduc. Leduc pleure parce qu’il est malheureux et parce qu’une femme lui fait de la peine : Jeanne, 21, rue du Canon. On ne sait pas au juste en quoi elle lui fait de la peine, mais cela se rapporte à ce même ordre d’idées où se place le chagrin de Jacquot, « série » mystérieuse, pleine de choses inexpliquées, où se trouve le mot « amour », le mot « péché », le mot « amant » et des mots sales qu’il ne faut pas dire, comme les mots « coucher avec »… et cela se relie aussi à l’histoire de la chatte qui criait sur les toits… cela fait peur. Cette femme qui donne tant de chagrin à Leduc, eh bien ! cette femme oblige certainement Leduc à être amoureux d’elle.

Jacquot sourit. Il écarte la pensée pénible. M. Salvert lui expliquera. M. Salvert reste toujours en dehors de ces choses, étant parfait. Mais Leduc…

Soudain Jacquot prend une décision.

Demain, avant l’heure du déjeuner, il montera dans le tramway, tout seul, gagnera la rue du Canon, entrera au numéro 21, demandera Mme Jeanne… madame ou mademoiselle ?… lui dira qu’il ne faut plus faire de la peine à Leduc, qu’il ne faut plus… et que Leduc est très malheureux.

Cette mademoiselle Jeanne, Jacquot ne sait encore s’il l’aime ou la déteste. Il lui dira : « Mademoiselle… Mademoiselle… » Il n’a pas décidé ce qu’il lui dira, tout au juste… mais il parlera.

Et Jacquot s’endort tranquille.

Oh ! le beau rêve qui s’approche, qui s’abat sur lui et de ses ailes molles l’évente et qui bientôt l’ensorcelle.