« De la lavande en sachets, Madame ? Voici… Je vous recommande ces sachets roses, Madame. C’est pour des mouchoirs, n’est-ce pas ? Et le petit, comment va-t-il ? Oh ! qu’il est mignon ! Je l’ai vu à la musique, dimanche dernier ! Ma tante ? Vous êtes bien bonne, Madame ! sa jambe la tourmente encore. Bonjour, Madame. Attendez, un instant, je vais faire le paquet. Oui, ce sont les grosses chaleurs qui commencent. Bonjour, Madame. »
La cliente (son mari est employé à la Poste) sort en disant mille amabilités. C’est ainsi que Jeanne fait prospérer la maison, pendant la maladie de Mme Mayeux.
Et puis encore, si sa tante meurt, alors, cela changerait tout ! ce serait la fortune ! Oh ! il ne faut pas penser à ces choses !
« Des couleurs à l’aquarelle ? Non, Monsieur, nous n’avons pas ça, mais, au coin de la rue, chez Dareste, vous trouverez. Bonjour, Monsieur. Pas de quoi ! »
Ce monsieur lui a souri. Tout le monde lui sourit. Jeanne se sait jolie, appétissante et fraîche comme un fruit. Mais, cette fois, elle a gardé son air le plus grave : elle aime Leduc.
Et comme il sera content en recevant la lettre ! ah ! qu’il sera content ! Elle lui écrira ce soir même, après avoir couché Mme Mayeux.
« Que demandez-vous, jeune homme ? »
Un petit garçon bien vêtu, que Jeanne ne connaît pas, vient d’entrer dans la boutique. Il a l’air gentil, mais paraît avoir peur. Il a soulevé le rideau d’une main hésitante ; il n’ose franchir le seuil, tout à fait.
« Qu’y a-t-il pour votre service, jeune homme ? »
Jamais on ne l’a appelé « jeune homme » ; cela l’intimide beaucoup.