Jeanne sourit derrière son comptoir ; le nouveau venu la regarde ; ses lèvres tremblent, son souffle est court.
Quoi ! ce serait cette jeune femme-là ! si aimable, si contente et qui lui sourit d’un bon sourire ? Non ! non ! impossible !
Il se décide enfin :
« Mademoiselle Jeanne, s’il vous plaît ? Je voudrais parler à mademoiselle Jeanne.
— C’est moi. »
Oh ! c’est elle !
C’est donc elle qui fait tant de chagrin à Leduc ! Ah ! qu’il l’imaginait autrement ! forte, méchante, avec une grosse voix ! Il a plus peur encore, mais, maintenant, il faut parler.
« Voilà, Mademoiselle, je connais un de vos amis, et je voudrais vous dire quelque chose. »
Cette phrase a été préparée tout le long de la route, avec grand soin, tout le long de la route poussiéreuse et chaude dont il a fait une partie à pied, parce que les tramways étaient pleins. Cette phrase, il devait la dire à une maritorne épaisse, au teint rouge, à une femme dépeignée, dont les mains seraient sales, le corsage plein de taches, mal boutonné. Et puis, ce n’était pas cela du tout.
« Je voudrais vous dire quelque chose, un secret, vous comprenez, Mademoiselle, à propos d’un de vos amis. »