« C’est moi qui ai parlé d’elle au petit, disait-il en sanglotant. Pour sûr, c’est moi, et c’est à cause de moi qu’il savait l’adresse, oui ! l’autre jour, quand j’étais de garde ici ! »
Le remords prenait forme, se précisait. Jeanne était maintenant aux yeux de Leduc une fille, une fillasse, une traînée, comme certains disaient, et Jacquot, M. Jacquot, si honnête, qui causait si doucement, qui semblait si gentil, si propre, dans son costume de toile blanche, il le voyait à côté d’elle, et il avait peur. Il ne savait pas encore de quoi.
Leduc tenait son fusil devant lui comme un bâton et s’appuyait dessus.
« Qu’est-ce qui a pu arriver ? Oh ! bon Dieu de bon Dieu, qu’est-ce qu’elle a pu lui dire, la garce ! Oh ! bon Dieu, qu’est-ce qu’elle a pu lui dire ? Oh ! que ça me fait mal dans le cœur ! »
Et la chaleur pesait toujours, rendant la nuit plus noire.
« Oh ! et puis… Non ! non ! ça, c’est trop sale ! c’est vraiment trop salaud !… Non ! t’as pas fait ça ! Tu es putain, mais pas tant que ça ! »
Il la tutoyait pour la première fois. Et il voyait des choses ignobles. Il n’en pouvait plus.
« Eh ! nom de Dieu ! cria-t-il. Fous-lui donc la paix à ce gosse ! »
Il voulut crier encore, mais il avait dans la bouche un tampon de laine chaude, et il sanglotait, appuyé sur le canon de son fusil.
Soudain, il leva la tête. Une goutte d’eau lui était tombée sur le cou.