« Ah ! l’orage ! ah ! un éclair ! »

Il s’arrêta de pleurer.

Il s’arrêta de pleurer parce que quelque chose était changé autour de lui. Une brise, à peine sensible, une brise courte, essoufflée, eût-on dit, brûlante encore comme une haleine de four, sortait de ce trou noir où toute la mer dormait. Puis la goutte d’eau, puis cet éclair, et maintenant un bruit de charrette, là-haut, très loin.

« Ah ! oui ! c’est l’orage. »

Leduc frotta le canon du fusil avec sa main droite, il rentra dans la guérite et, de quelques instants, il ne bougea plus. Il réfléchissait. Certes, il souffrait toujours, plus peut-être, parce que la colère façonne des paroles, des cris, des imprécations avec la douleur et l’allège d’autant. Leduc souffrait toujours, mais il souffrait autrement, sa colère étant morte.

Il posa son fusil debout dans le coin du fond, et se prit la figure entre les mains. Elle était toute mouillée de larmes. Il les essuya rudement avec son mouchoir et continua de réfléchir. Il pensait comme on peine. Il se labourait la cervelle avec lenteur. Il voyait bien où il voulait en venir. Il allait vers son but, sûrement, pesamment, difficilement, mais il allait quand même vers son but, tout droit.

« Alors, c’est ça ! dit-il en poussant une sorte de grognement pour se vider la gorge, car il parlait à voix haute. C’est le bon moyen ! »

Chaque fois qu’un éclair passait dans la nuit, il regardait le ciel et, sur sa bouche, passait comme un sourire triste.

« Pour être en règle, je vais faire d’abord ma prière à la Sainte Vierge, si j’ai pas oublié, et puis je me mettrai dans le fond, là ; ça sera plus commode ; mais… mais il faudra enlever mon soulier ; voyons… oui, mon soulier du pied droit, pour réussir. Je l’ai lu dans le feuilleton. Et puis, je compterai trois éclairs, et puis sept éclairs, et puis trois éclairs, et puis deux éclairs. Tout mon numéro matricule y passera. »

Il sourit, mais à lui-même, cette fois, paisiblement.