« Faut aller dire au major que c’est fini. Bonsoir, jeune homme !

— Bonsoir ! » murmura Jacquot d’une voix étouffée.

Il partit aussi. Il rentra chez lui d’un pas lent. Il monta dans sa chambre et se baigna les yeux. En se penchant à la fenêtre, on voyait encore, sur le bord du sentier, une longue spirale de fumée grise.

« Oh ! Leduc ! Leduc ! s’écria-t-il, oh ! Leduc ! j’ai bien du chagrin ! »

Jacquot resta quelque temps encore penché à la fenêtre. Il regardait cette douce fumée grise qui lui faisait tant de peine, il en suivait les mouvements. Elle s’élevait comme une tige un peu tordue, mais la brise l’écimait ; tout le haut se perdait ainsi et fuyait vers la mer. Bientôt, ce nuage lui-même disparut. Il n’y eut plus rien. C’était fini. Oh ! qu’il avait mal !

Jacquot tourna quelques instants dans sa chambre, déplaça des objets, bouscula une chaise, ouvrit un livre, s’assit, se releva. Il était seul, il était tout seul. Même la fumée n’était plus là. Il redescendit dans le jardin et courut à la villa Périer. Il voulait voir quelqu’un. Il fallait absolument qu’il vît quelqu’un. Il ne pouvait continuer à vivre ainsi.

« Est-ce que mademoiselle Lucienne est à la maison ? demanda-t-il à la cuisinière.

— Je ne sais pas, monsieur Jacquot. Je crois bien qu’elle est sortie avec Monsieur, mais je ne suis pas sûre.

— Merci, Hortense, je vais aller voir si elle est dans sa chambre. »

Il monta. La chambre était vide. Il s’allongea sur une petite chaise longue dont Lucienne s’était beaucoup servie après sa bronchite. Il regardait autour de lui. Ces murs verts et roses lui plaisaient. Il se sentait plus calme.